Archives annuelles : 2012

Douze images astronomiques de 2012

Le réseau ALMA dans le désert de l’Atacama

ALMA

Une vue magnifique du réseau ALMA (Atacama Large Millimeter/Submillimeter Array) sur le plateau de Chajnantor à 5000 mètres d’altitude dans le désert de l’Atacama au Chili. Dans sa configuration finale, en 2013, le réseau sera formé de 54 antennes de 12 mètres et de 12 antennes de 7 mètres. L’astronomie dans les domaines millimétrique et submillimétrique s’intéresse en particulier aux régions les plus froides, comme les nuages de gaz moléculaire et de poussières où naissent les étoiles et les planètes. Elle permet aussi d’étudier les étoiles et galaxies nées pendant les premiers milliards d’années, car leur émission en lumière visible, avant de nous atteindre, a été déplacée vers ces longueurs d’onde par l’expansion de l’Univers. Crédit : ESO/Babak Tafreshi

Le transit de Vénus observé par le satellite SDO

Transit de Vénus

Le dernier transit de Vénus de ce siècle s’est produit entre le 5 et le 6 juin 2012. Cette image montre le passage de Vénus devant le Soleil tel que l’a enregistré le satellite SDO (Solar Dynamics Observatory). L’observatoire spatial SDO a été lancé en 2010 par la NASA pour étudier le Soleil, mais il a aussi été mis à contribution pour cette occasion très spéciale. Les images ont été prises dans l’ultraviolet lointain, généralement utilisé pour étudier la couronne solaire. Pour les gens patients et optimistes, le prochain transit de Vénus se produira en 2117. Crédit : NASA/SDO/AIA

Un autoportrait du rover Curiosity sur Mars

Curiosity sur Mars

Un autoportrait du rover Curiosity sur Mars fin 2012. Il s’agit d’une mosaïque d’images prises par la caméra MAHLI placée à l’extrémité du bras robotique du rover. En ajustant précisément la position du bras pendant chaque prise, les ingénieurs l’ont intentionnellement laissé hors des images pour ne pas cacher le rover. A l’arrière plan, on aperçoit la base du Mont Sharp à droite et le bord nord du cratère Gale à gauche. Ce genre d’image permet aux ingénieurs de la NASA de surveiller l’état général du rover et en particulier l’accumulation de poussières martiennes sur ses différents éléments. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

Une éclipse de Soleil observée par la sonde Cassini

Eclipse sur Saturne

Le 17 octobre 2012, la sonde Cassini passe derrière Saturne et nous envoie cette mosaïque exceptionnelle d’images d’une éclipse de Soleil à plus d’un milliard de kilomètres de la Terre. Cette position très rare de la sonde permet d’apercevoir des détails de l’atmosphère et des anneaux qui ne sont généralement pas observables. Crédit : NASA/JPL-Caltech/SSI

Un portrait de Saturne et de Titan par Cassini

Saturne et Titan

Au printemps 2012, la sonde Cassini prend cette image de Titan devant Saturne et ses anneaux. Saturne orbite autour du Soleil en 29 ans. Elle tourne aussi sur elle-même, avec un axe de rotation incliné par rapport à la perpendiculaire de son orbite autour du Soleil. De là suit la présence de saisons, comme sur Terre, mais qui durent chacune plus de sept ans. Le dernier équinoxe (le moment où le Soleil traverse le plan de l’équateur et le printemps ou l’automne commence) date de 2009. Depuis, l’hémisphère sud se refroidit et commence à apparaitre plus bleue, alors que l’hémisphère nord se réchauffe et apparait de moins en moins bleue. Crédit : NASA/JPL-Caltech/SSI

Un « mini-Nil » détecté par Cassini sur Titan

Mini-Nil sur Titan

Cette image fantastique prise par le détecteur radar de la sonde Cassini montre une rivière de plus de 400 kilomètres de long sur Titan (le Nil fait plus de 6000 kilomètres). C’est la première fois qu’un système aussi étendu et complexe est observé sur un corps au-delà de la Terre. La température moyenne sur Titan est d’environ -180 degrés et ce sont donc des hydrocarbures, le méthane et l’éthane, qui donnent naissance à cette rivière. Celle-ci finit par se jeter dans une mer que l’on aperçoit à la droite de l’image. Crédit : NASA/JPL-Caltech/ASI

La nébuleuse sombre Barnard 59

Barnard 59

Une image de Barnard 59, un élément de la nébuleuse de la Pipe, prise par le télescope de 2,2 mètres de l’ESO/Société Max Planck à La Silla au Chili. Il s’agit d’une nébuleuse sombre, c’est-à-dire d’un nuage de poussière qui bloque la lumière des étoiles plus lointaines et apparait donc comme une empreinte noire sur un fond étoilé. Elle se trouve à environ 600 années-lumière de nous dans la partie de la constellation Ophiuchus qui enjambe la Voie Lactée. Crédit : ESO

La nébuleuse de la Carène observée par le VLT

La nébuleuse de la Carène

Une image sublime de la nébuleuse de la Carène prise par le VLT (Very Large Telescope) de l’ESO dans l’infrarouge. La nébuleuse se trouve à 7500 années-lumière de nous, dans la direction de la constellation de la Carène dans l’hémisphère sud. C’est une nébuleuse de gaz et de poussières où se forment de nouvelles étoiles, en particulier des étoiles massives bleues de type O et A. Elle contient la fameuse étoile hypergéante Eta Carinae qui est au moins cent fois plus massive que le Soleil. Les observations dans l’infrarouge permettent de pénétrer les nuages de poussières qui bloquent notre vision de certaines régions en lumière visible. Crédit : ESO/T. Preibisch

La nébuleuse Oméga photographiée par le VLT

La nébuleuse Oméga

La nébuleuse Oméga (M17) est un nuage de gaz et de poussières situé à 6500 années-lumière dans la constellation du Sagittaire. On la voit ici en glorieux détails grâce au VLT de l’ESO. Comme la nébuleuse de la Carène, elle produit de nouvelles étoiles, en particulier des étoiles massives brillantes et bleues qui ionisent et illuminent son gaz. Crédit : ESO

La galaxie d’Andromède dans l’ultraviolet

La galaxie d'Andromède

La galaxie d’Andromède (M31) observée dans l’ultraviolet par le satellite GALEX (Galaxy Evolution Explorer) de la NASA. La galaxie se trouve à 2,5 millions d’années-lumière de nous et possède un diamètre de 260.000 années-lumière. Les observations dans l’ultraviolet mettent en relief les corps les plus chauds, dans ce cas les étoiles les plus brillantes de la galaxie, donc les étoiles jeunes et massives et les régions qui les entourent. Crédit : NASA/JPL-Caltech

Un bel arc gravitationnel observé par le télescope spatial Hubble

Un amas et un arc gravitationnel

Une belle image de l’amas de galaxies RCS2 032727-132623 entouré d’un arc gravitationnel prise par le télescope spatial Hubble. L’amas de galaxie se trouve à cinq milliards d’années-lumière de nous. L’arc gravitationnel provient de la lumière d’une galaxie qui se trouve derrière l’amas à dix milliards d’années-lumière de nous. Lorsque la lumière de cette galaxie passe près de l’amas, la gravité de ce dernier courbe les rayons lumineux dans notre direction et les concentre vers nous comme une lentille. Ce phénomène, rare car il nécessite un alignement parfait, nous permet d’étudier la galaxie lointaine d’une façon qui serait impossible par l’observation directe. Crédit : NASA/ESA/J. Rigby/K. Sharon/M. Gladders/E. Wuyts

Dix ans d’observation par Hubble pour obtenir le champ XDF

Le champ XDF

Cette image exceptionnelle, publiée en septembre 2012 et appelée XDF (eXtreme Deep Field), est le résultat de dix ans d’observation d’une même partie du ciel par le télescope spatial Hubble. Cette région se trouve dans la constellation du Fourneau, dans l’hémisphère sud, et a été choisie parce qu’elle ne contient pas d’étoile brillante qui aurait gêné l’observation du ciel profond. Le temps de pose combiné de toutes les observations est de deux millions de secondes, soit environ 23 jours. On observe environ 5500 galaxies sur l’image et les galaxies les plus lointaines apparaissent telles qu’elles étaient à peine 450 millions d’années après le Big Bang, une époque qui est encore mal connue, mais que l’on étudie de mieux en mieux. Crédit : NASA/ESA/G. Illingworth/D. Magee/ P. Oesch/ R. Bouwens/HUDF09 Team

L’expansion de l’Univers il y a onze milliards d’années

Les scientifiques de l’expérience BOSS viennent d’annoncer la première mesure de la vitesse d’expansion de l’Univers à une époque où l’énergie noire n’avait pas encore d’influence majeure et l’expansion ralentissait sous l’effet de la gravité.

Le relevé BOSS

Le relevé cartographique BOSS (Baryon Oscillation Spectroscopic Survey) est l’un des quatre projets du programme SDSS-III (Sloan Digital Sky Survey), dont les observations sont effectuées au télescope de 2.5 mètres de l’observatoire d’Apache Point au Nouveau Mexique. Son objectif est de mesurer la trace des oscillations acoustiques baryoniques de l’Univers primordial, par l’observation de galaxies lointaines et de quasars.

Les oscillations acoustiques baryoniques sont des sortes d’ondes sonores qui se propageaient lors des premières centaines de milliers d’années de l’Univers, lorsque celui-ci était encore un mélange de protons, de neutrons et de photons en interaction (voir le relevé BOSS pour plus de détails). Ces oscillations ont laissé une trace caractéristique dans la structure à grande échelle de l’Univers, que l’on peut étudier en faisant un relevé de la distribution des amas de galaxies.

L’analyse des quasars

En avril 2012, l’équipe du relevé BOSS avait présenté des résultats obtenus sur des galaxies lointaines, qui nous permettaient d’observer la trace des oscillations jusqu’à une époque il y a environ 5,5 milliards d’années (plus les galaxies étudiées sont lointaines, plus l’époque que nous observons est reculée). Mais la technique utilisée alors ne pouvait guère aller plus loin, car, à cette distance, la luminosité apparente des galaxies devient trop faible pour des mesures précises.

Le résultat annoncé cette semaine s’est donc appuyé sur une technique nouvelle pour observer la structure de l’Univers à des distances supérieures. Le télescope de l’observatoire d’Apache Point a observé le spectre de 48.000 quasars, un type de galaxies très lumineuses qui peut être observé à des distances beaucoup plus grandes et dont le spectre fournit une mine d’informations.

Avant d’atteindre la Terre, la lumière d’un quasar doit traverser tous les nuages d’hydrogène intergalactique qui se trouvent sur son chemin. Ces nuages absorbent une partie de la lumière du quasar et créent des raies d’absorption dans son spectre. Ces nuages se répartissent sur une gamme de distance entre la Terre et le quasar et sont donc affectés par des décalages vers le rouge différents. La longueur d’onde apparente de leurs raies d’absorption est par conséquent variable et le spectre des quasars contient ainsi un enchevêtrement de raies appelé une forêt Lyman-alpha.

L’Univers il y a 11 milliards d’années

L’analyse des raies d’absorption d’un quasar nous permet donc de déterminer la distribution de matière sur sa ligne de visée. En étudiant un grand nombre de quasars, on peut par conséquent construire une carte de la structure de l’Univers sur des distances très vastes.

L'expansion de l'Univers

La variation de la vitesse d’expansion de l’Univers en fonction du temps avec d’abord une phase de décélération puis une phase d’accélération qui se met en place il y a environ sept milliards d’années. Le point rouge indique le résultat qui vient d’être publié. Crédit : Zosia Rostomian, LBNL, Nic Ross, BOSS Lyman-alpha team, LBNL

En utilisant cette technique, les scientifiques de la collaboration BOSS ont pu mesurer l’échelle des oscillations acoustiques baryoniques il y a 11 milliards d’années et en déduire la vitesse d’expansion de l’Univers à cette époque : 224 kilomètres par seconde par mégaparsec (le mégaparsec est égal à 3.26 millions d’années-lumière), à comparer à la valeur actuelle de 72 kilomètres par seconde par mégaparsec (ce qui signifie qu’un bout d’espace d’un mégaparsec de long s’étend actuellement de 72 kilomètres à chaque seconde).

Le résultat n’est pas inattendu. Les modèles actuels montrent qu’à cette époque reculée la vitesse d’expansion ralentissait sous l’effet de l’attraction gravitationnelle entre les galaxies. Ce n’est qu’il y a environ sept milliards d’années que la mystérieuse énergie noire a pris le dessus sur cette attraction et cause depuis lors une accélération de l’expansion de l’Univers. Ce type d’étude va nous permettre de raffiner nos modèles et de mieux comprendre la transition entre les phases de décélération et d’accélération de l’Univers sous l’effet de l’énergie noire.

Le Grand Filtre : l’humanité est-elle seule ou condamnée ?

Le Grand Filtre est un concept introduit par l’économiste américain Robin Hanson en 1996, qui s’inscrit dans une longue tradition de discussions sur la recherche d’intelligence extraterrestre et l’avenir de l’humanité.

Le constat de départ est simple : nous n’avons jamais observé le moindre indice de l’existence d’une civilisation extraterrestre. Aucune soucoupe volante ne survole en ce moment la Maison-Blanche, aucun ambassadeur au look reptilien ne siège à l’ONU et aucune rencontre du troisième type n’a jamais été prouvée scientifiquement.

De plus, les sondes spatiales que nous avons envoyées visiter le système solaire n’ont rien révélé d’artificiel. Nos télescopes n’ont jamais observé de phénomène astronomique qui ne pouvait pas être expliqué par des processus naturels. Les programmes de recherche de signaux extraterrestres, qui sont assez intensifs depuis vingt ans, n’ont toujours rien détecté.

Le paradoxe de Fermi

Cette absence pose une question fondamentale, appelée le paradoxe de Fermi, du nom du physicien italien Enrico Fermi qui la formula pour la première fois en 1950.

L’histoire biologique et sociologique de notre planète montre que l’expansion et la colonisation sont des processus implacables. La vie sur Terre s’est répandue partout, même dans les milieux les plus hostiles. Les civilisations se sont répandues dans tous les environnements et sur tous les continents dès que la technologie leur a ouvert la voie. Ce processus d’expansion devrait en toute probabilité s’appliquer également à la conquête de l’espace : une civilisation intelligente suffisamment avancée devrait finir par quitter sa planète pour explorer et coloniser les étoiles proches puis la Galaxie.

Évidemment, la technologie pour aller vers les étoiles n’est pas encore à notre portée, mais nous devons considérer ici le long terme, la technologie qui sera disponible dans cent ans, dix mille ans ou un million d’années. Après tout, en à peine une cinquantaine d’années, nous avons envoyé des hommes sur la Lune, des rovers sur Mars, un robot sur la surface de Titan et les sondes Voyager sont sur le point de quitter le système solaire. Après de telles prouesses, en à peine un demi-siècle, imaginez ce que nous pourrons faire dans un million d’années !

Mais ce qui nous concerne ici, ce sont les autres civilisations intelligentes. D’un point de vue astronomique, l’époque actuelle n’est pas spéciale, la vie aurait pu apparaître sur d’autres planètes des centaines de millions ou même quelques milliards d’années avant d’apparaître sur Terre (pas trop quand même, pour donner à l’Univers le temps d’établir un environnement physique et chimique favorable). Ces civilisations auraient donc eu le temps d’atteindre une technologie avancée dans un passé très lointain.

Or, il se trouve que le temps nécessaire pour conquérir la Galaxie n’est pas si considérable à l’échelle astronomique. Une sonde voyageant à un dixième de la vitesse de la lumière pourrait traverser la Galaxie en un million d’années. Une conquête progressive, avec exploration, installation et colonisation, serait plus lente, mais les modèles mathématiques montrent qu’elle serait possible en à peine quelques millions d’années.

On peut jouer avec les chiffres, mais l’essentiel est de voir qu’une civilisation née il y a quelques centaines de millions d’années devrait depuis longtemps être arrivée jusqu’à nous. L’absence de détection nous pose donc un problème non trivial.

Remarquons que différentes explications du paradoxe ont été proposées : la Galaxie pourrait par exemple avoir été conquise par des civilisations qui se cachent car elles ont décidé de ne pas interférer avec notre développement ou peut-être que le voyage interstellaire est tout simplement impossible pour des raisons que nous découvriront un jour. Toutes ces possibilités sont valides, mais admettons pour cette discussion l’hypothèse la plus simple donc la plus plausible : la Galaxie nous apparaît silencieuse car aucune civilisation n’a réussi à s’établir au-delà de son étoile originale.

Le Grand Filtre

Le passage de la matière inerte à une civilisation avancée capable de s’étendre dans la galaxie requiert une succession d’étapes dont les suivantes sont les principales :

  • la formation d’une planète à la distance adéquate d’une étoile moyenne
  • l’apparition d’une molécule capable de se reproduire, par exemple l’ARN
  • la formation des premières cellules (les procaryotes)
  • le développement des cellules complexes à structure interne (les eucaryotes)
  • l’apparition de la reproduction sexuée
  • la mise en place de systèmes multicellulaires
  • l’évolution de l’intelligence et de la pensée
  • le développement technologique (le stade actuel)
  • l’expansion vers les étoiles et la colonisation de la Galaxie.

L’absence de détection d’une civilisation extraterrestre indique qu’une ou plusieurs de ces étapes sont très improbables, c’est ce que Robin Hanson appelle le Grand Filtre : un obstacle insurmontable, ou pratiquement insurmontable, qui empêche le passage de la matière inerte à une civilisation galactique.

La question fondamentale qui se pose alors est la suivante : pour l’humanité, le Grand Filtre se trouve-t-il dans le passé ou le futur ? Est-ce que le Grand Filtre est une étape que la Terre a réussi à franchir ou est-il un obstacle qui nous empêchera de nous répandre dans la Galaxie ?

Le Grand Filtre dans le passé ?

Si le Grand Filtre est dans notre passé, l’une des étapes qui ont conduit à la situation actuelle est si improbable que la Terre est peut-être la seule planète de la Galaxie à avoir vu apparaître une civilisation intelligente.

La littérature astronomique donne en général un avis différent : si les conditions physiques et chimiques d’un environnement sont adéquates, on pourrait avoir l’impression que la vie va inévitablement apparaître, devenir graduellement plus complexe et conduire à l’intelligence.

Cet optimisme provient probablement de l’exemple de la Terre. Après sa formation, notre planète était hostile à la vie à cause d’un bombardement météoritique continu qui cessa il y a 3,8 milliards d’années. Une fois cette phase terminée, la vie s’est rapidement (en termes astronomiques) mis en place. L’analyse des roches les plus anciennes montre que la vie était déjà bien implantée il y a 3,5 milliards d’années. On a donc bien l’impression que la vie s’est établie sur Terre dès que l’opportunité s’est présentée.

Le problème dans cette analyse est qu’il est difficile de s’appuyer sur un échantillon unique dont nous sommes le fruit. En fait, si la vie ne s’était pas établie rapidement, nous ne serions pas là pour en parler. Toutes les étapes indiquées ci-dessus ont abouti à notre civilisation en un temps assez court de 3,8 milliards d’années. Chaque étape a donc dû se produire sur Terre assez rapidement et cette évolution pourrait bien être complètement atypique.

D’autres étapes du développement de la vie pourraient également être très improbables. Par exemple, le passage des procaryotes, les cellules les plus simples, aux eucaryotes, les cellules plus complexes contenant un noyau, a pris plus d’un milliard d’années. Cette étape apparaît donc plus improbable que l’apparition de la vie elle-même.

D’un autre côté, cette étape était peut-être nécessairement longue car l’environnement terrestre initial n’était pas prêt pour l’apparition des eucaryotes. L’atmosphère primordiale de la Terre ne contenait pas d’oxygène et il a fallu d’innombrables générations de cellules simples pour produire de l’oxygène par photosynthèse et transformer l’atmosphère.

Ces deux exemples montrent que nous sommes loin de comprendre les étapes qui ont conduit de la matière inerte à une civilisation intelligente. Aller plus loin et calculer leur probabilité pour identifier le Grand Filtre est donc hors de notre portée pour l’instant. Mais peut-être qu’aucune des étapes passées n’est très improbable ?

Le Grand Filtre dans le futur ?

Si le Grand Filtre ne se trouve pas dans les étapes qui conduisent à une civilisation technologique, peut-être qu’il faut le chercher dans la dernière étape : un obstacle majeur a empêché les autres civilisations intelligentes d’atteindre les étoiles et il est à craindre que ce même obstacle nous affecte également.

Cet obstacle n’est probablement pas politique. L’histoire biologique et sociologique de notre planète indique une propension de la vie et des civilisations à se répandre. Même si la plupart des civilisations avancées sont peu intéressées ou opposées à l’exploration et la colonisation, il en suffirait d’une pour remplir la Galaxie. L’obstacle n’est probablement ni financier, ni technologique non plus, car une civilisation se développant pendant des millions d’années devrait pouvoir surmonter ces difficultés.

Le Grand Filtre est donc probablement plutôt une catastrophe à l’échelle planétaire, un événement qui va non seulement empêcher l’expansion d’une civilisation, mais va en fait la détruire.

Il est assez facile d’imaginer des scénarios et la liste est longue : bouleversement écologique (réchauffement global, nouvel âge glaciaire), cataclysme astronomique (impact d’astéroïde, de comète, explosion de supernova proche, instabilité dans le Soleil) ou désastre technologique (guerre nucléaire globale, épidémie créée par l’ingénierie génétique, emballement d’une intelligence artificielle, conséquence imprévue des nanotechnologies).

De tous ces candidats, le Grand Filtre sera probablement une catastrophe de nature technologique. Les problèmes d’origine astronomique sont aléatoires et, même s’ils détruisent quelques civilisations, il y aura toujours des planètes qui auront statistiquement la chance d’y échapper. Le Grand Filtre devrait donc être un obstacle plus menaçant, inévitable, une technologie que toute civilisation avancée finira par inventer et qui se retournera contre elle.

Le passé ou le futur ?

Cette discussion nous laisse donc avec deux possibilités : soit l’une des étapes qui ont conduit de la matière inerte à l’intelligence est si peu probable que nous sommes la seule civilisation capable de nous répandre dans la Galaxie, soit l’obstacle est devant nous, un désastre technologique qui va nous empêcher d’atteindre les étoiles et qui détruira probablement l’humanité.

Il est évidemment impossible de départager les deux scénarios à l’heure actuelle. Nous ne sommes pas prêts de comprendre précisément tous les processus qui ont conduit à notre civilisation et il est impossible de prédire le futur.

Il y a néanmoins un développement scientifique, possible dans un temps relativement court, qui pourrait nous éclairer, malheureusement de manière plutôt sinistre. Si, demain, l’une de nos sondes découvrait une forme de vie dans le système solaire (et pas une simple contamination entre planètes), ceci indiquerait que l’apparition de la vie n’est pas très improbable et ne constitue donc pas le Grand Filtre.

Si cette forme de vie était constituée de cellules complexes, l’apparition des eucaryotes ne serait pas non plus le Grand Filtre. En fait, plus complexe cette forme de vie, plus grandes les chances de voir le Grand Filtre comme un obstacle insurmontable dans le futur de l’humanité. On en arriverait presque à espérer que Mars, Europe et Encelade sont stériles et l’ont toujours été !

En attendant, une discussion philosophique sur l’existence d’un Grand Filtre, bien que passionnante, ne remplace pas les observations scientifiques dans le monde réel. En fait, cette idée serait plutôt une raison pou accélérer nos programmes de recherche, qu’il s’agisse des sondes dans le système solaire, des programmes d’études des exoplanètes ou des tentatives de détection de signaux extraterrestres.

Curiosity observe les traces d’un cours d’eau sur Mars

La NASA a annoncé le jeudi 27 septembre que son rover Curiosity a trouvé ses premières preuves d’un écoulement passé d’eau liquide dans le cratère Gale sur Mars. D’autres sondes et robots ont déjà montré que l’eau avait existé sous forme liquide dans un passé lointain (voir l’eau sur Mars), mais c’est la première fois que nous observons des roches formées clairement à partir de graviers transportés par un cours d’eau.

Ce résultat provient de l’analyse de deux affleurements rocheux observés par Curiosity, Hottah et Link. Un affleurement est un endroit où les roches du sous-sol sont visibles car non recouvertes par le sol. Les affleurements que Curiosity a observés sont des conglomérats, c’est-à-dire des roches composées de graviers qui se sont liés ensemble grâce à un ciment naturel.

Hottah sur Mars

Une image de l’affleurement Hootah prise par Curiosity le 14 septembre. Hottah est le nom d’un lac dans les Territoires du Nord-Ouest au Canada. L’affleurement se présente brisé et à un angle assez élevé, probablement le résultat de l’impact d’une météorite dans les environs. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

L’élément essentiel dans l’annonce de la NASA est l’analyse de la forme et de la taille de ces graviers. Des formes angulaires sont visibles, mais aussi beaucoup de cailloux ronds, ce qui indique que les graviers ont été transportés avant de former des roches. La gamme de taille est très étendue, certains de ces graviers font plusieurs centimètres de diamètre, ils sont donc trop gros pour avoir pu être déplacés par le vent, ils ont donc été transportés par de l’eau sous forme liquide.

Link sur Mars

Une image de l’affleurement Link prise le 2 septembre. Link est également le nom d’un lac et d’une formation rocheuse dans les Territoires du Nord-Ouest. Les graviers visibles à gauche devaient à l’origine faire partie de l‘affleurement, mais l’érosion les a fait retomber sur le sol. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

D’après l’analyse de la NASA, le cours d’eau pouvait avoir une profondeur de quelques dizaines de centimètres et une vitesse d’écoulement d’environ un mètre par seconde. Ce cours d’eau trouvait son origine dans les bords du cratère Gale, pas dans le Mont Sharp qui se trouve au centre de ce dernier. Le rover Curiosity va donc poursuivre sa route vers le centre où les chances de trouver des traces d’un ancien environnement capable de produire la vie sont plus grandes.

Curiosity enfin prêt pour sa mission scientifique

Après plus de cinq semaines de tests de ses instruments et de sa conduite, le rover Curiosity est finalement prêt à commencer son exploration scientifique de Mars. Sa première destination est un point appelé Glenelg où trois zones géologiques différentes se rencontrent, situé à 400 mètres du lieu d’atterrissage. Ceci est l’occasion de revenir sur quelques-unes des images de cette période de test. Pour plus d’information sur la mission, voir la page sur le lancement de la mission Mars Science Laboratory. Pour des images de l’atterrissage, voir cette page sur la première semaine de Curiosity sur Mars.

Traces de Curiosity

Les traces du premier de test de conduite du rover le 22 août 2012. Lors de ce test, le rover a avancé de 4 mètres et demi, a tourné de 120 degrés, puis a reculé de 2 mètres et demi. L’image a été prise par l’une des caméras de détection d’obstacles au sol à l’avant du rover (Hazcam, Hazard Avoidance Cameras). Crédit : NASA/JPL-Caltech

Vers le Mont Sharp

Le sol près de Curiosity et les premières couches géologiques du Mont Sharp, par la caméra de 100 millimètres de l’instrument MastCam le 23 août. Les distances à différents points de l’image sont indiquées et ont été calculées à partir de données de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter. Après 230 mètres, on observe une dépression, puis, à quelques kilomètres, le bord d’un cratère d’impact et ses grosses roches (au milieu de l’image). Plus loin apparaissent des dunes sombres, puis les premières couches rocheuses du Mont Sharp. La petite butte à 9,3 kilomètres du rover a une hauteur d’environ 100 mètres et une base d’environ 300 mètres. Les couleurs ont été modifiées pour montrer le paysage tel qu’il apparaîtrait sous des conditions de lumière terrestres. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

Test laser de Curiosity

Deux images du sol martien prises avant et après un test du laser de l’instrument ChemCam (Chemistry Camera). Le champ a un diamètre d’environ 8 centimètres. L’instrument est composé d’un laser monté sur le mât qui pulvérise quelques millimètres carrés de sol ou de roche et d’un télescope qui capture la lumière émise et la renvoie à trois spectromètres placés dans le corps principal du rover. Cette méthode permet d’identifier à distance des cibles intéressantes et d’analyser des roches que le rover ne peut pas atteindre. Crédit : NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/IRAP/LPGN/CNRS

Les premiers déplacements de Curiosity

Les traces des premiers déplacements de Curiosity photographiées par la caméra HiRISE de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter. Les couleurs ont été manipulées pour mieux faire apparaître les détails de la surface. Les traces du rover sont bien visibles, car ses roues remuent la poussière du sol en se déplaçant et révèlent une couche plus sombre. Les traces qui apparaissent bleues autour du point de départ de Curiosity sont dues à la poussière déplacée par les rétro-fusées de la grue aéroportée lors de l’atterrissage. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona

Autoportrait de Curiosity

Un autoportrait pris le 7 septembre : on voit le sommet du mât de Curiosity avec en particulier l’instrument d’analyse à distance ChemCam et son ouverture ronde, ainsi que les deux caméras MastCam à ouverture rectangulaire placées dessous. L’image a été prise par la caméra MAHLI (Mars Hand Lens Imager) qui est située au bout du bras du rover et dont la mission sera de prendre des images rapprochées des roches et du sol martien. Pour cette photo, MAHLI était recouverte de sa protection anti-poussière, d’où la couleur de l’image. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

La caméra MAHLI de Curiosity

Une image du bras robotique de Curiosity prise par l’instrument MastCam le 12 septembre. On voit au centre la caméra d’analyse microscopique MAHLI , à droite la brosse DRT (Dust Removal Tool) qui permettra d’éliminer la poussière des roches à analyser, à gauche l’arrière de la foreuse PADS (Powder Acquisition Drill System). Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

Le sol martien par la caméra MAHLI

La première image de la caméra MAHLI prise sans sa protection anti-poussière le 8 septembre. L’image représente une portion de sol martien de 86 centimètres de longueur, la pierre au bas de l’image fait environ 8 centimètres. On aperçoit plus de petits graviers donc moins de poussières autour de cette pierre que sur le reste de l’image, ce qui suggère que la pierre a une influence sur le vent autour d’elle. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

Les roues de Curiosity

Deux images des roues gauches de Curiosity prises le 9 septembre, avec au fond les premières pentes du Mont Sharp. Les images ont été prises par la caméra MAHLI qui est capable de prendre aussi bien des images d’objets très proches (jusqu’à une distance minimale de 2 centimètres) que très lointains. Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS