Si seulement la Bibliothèque d'Alexandrie avait résisté aux guerres et aux
conquêtes ! Malheureusement, nos connaissances sur l'astronomie de
l'Egypte ancienne sont très limitées et nous viennent de rares papyrus
ainsi que de quelques inscriptions sur des tombes ou des temples.
L'astronomie avait une très grande importance pour la civilisation
égyptienne, tant d'un point de vue religieux que dans l'organisation de la
vie de tous les jours, en particulier dans la mesure du temps.
Une année solaire de 365 jours
Du fait de la révolution annuelle de la Terre autour du Soleil, la
position apparente de notre étoile par rapport à la voûte céleste se
déplace lentement vers l'est au cours de l'année. Par conséquent, chaque
matin, de nouvelles étoiles qui étaient auparavant perdues dans les lueurs
de l'aube deviennent visibles à l'horizon juste avant le lever du Soleil.
On appelle cette première apparition dans l'année le lever héliaque (du
mot grec pour le Soleil : helios).
A l'époque de l'Egypte ancienne, La crue du Nil se produisait tous les ans
autour du 19 juillet. Pure coïncidence, c'est aussi à cette époque que
l'étoile la plus brillante du ciel, Sirius, appelée Sothis en grec et
Sopdet en égyptien, avait son lever héliaque et faisait donc sa première
apparition de l'année. Comme la crue du Nil allait fertiliser les terres
et nourrir le peuple, l'observation du lever héliaque de Sirius, et plus
généralement du ciel nocturne, devint un élément essentiel de la
civilisation égyptienne.
En basant leur mesure du temps sur le mouvement apparent du Soleil, plutôt
que sur les cycles de la Lune, les Egyptiens inventèrent le calendrier
solaire. Comme le lever héliaque de Sirius se produisait approximativement
tous les 365 jours et nuits, ils divisèrent l'année en 365 jours. Comme
le cycle de la Lune durait à peu près 30 jours et nuits, ils divisèrent
l'année en 12 mois de 30 jours, chaque mois étant encore divisé en trois
décades de 10 jours. Enfin, pour arriver à un total de 365, ils
ajoutèrent 5 jours supplémentaires, appelés les jours épagomènes, qui
devinrent des jours de célébration des dieux Osiris, Seth, Isis, Nephtys
et Horus.
Evidemment, comme l'année astronomique réelle n'est pas exactement de 365
jours, le calendrier égyptien dérivait doucement par rapport au cycle de
la voûte céleste, d'environ une journée tous les quatre ans. La crue du
Nil ne coïncidait donc avec le début officiel de l'année que tous les 1460
ans, une longueur de temps qu'on a baptisé la période sothiaque. Il faudra
attendre que Jules César instaure le calendrier julien et ses années
bissextiles en 45 avant notre ère pour que le calendrier soit mieux aligné
sur les astres.
Une journée de 24 heures
Les Egyptiens inventèrent aussi le découpage du jour en 24 heures. Pour
mieux se retrouver dans la voûte céleste et mesurer le passage du temps,
ils découpèrent le ciel en petits groupes d'étoiles bien reconnaissables
qui se levaient les uns après les autres au cours de la nuit. Pour
coïncider avec les décades de 10 jours, chaque groupe d'étoiles avait été
choisi de telle façon que son lever héliaque soit séparé du précédent de
10 jours. On comptait donc 36 groupes d'étoiles, qu'on baptisa les décans.
Puisque la longueur de la nuit dépend des saisons, le nombre de décans
observables pendant une nuit est variable. Mais au début de l'été, à
l'époque du lever héliaque de Sirius, la nuit ne dure qu'environ 8 heures
et seuls 12 décans sont observables au cours la nuit. Ce nombre fut pris,
de manière un peu arbitraire, comme base du nouveau système. Le principe
fut étendu à la journée, elle-même découpée en 12 heures. C'est ainsi que
les Egyptiens établirent la journée de 24 heures que nous utilisons
toujours encore.
Architecture
La fascination des Egyptiens pour le ciel s'est aussi traduite dans
l'architecture de certains de leurs monuments. Par exemple, les grandes
pyramides de Gizeh étaient alignées sur les quatre points cardinaux avec
une précision impressionnante, de l'ordre de quelques minutes d'arc. Bien
sûr, du fait de la précession des équinoxes, le nord de l'époque n'était
pas dans la direction de l'étoile polaire actuelle, mais dans celle de
l'étoile Thuban, dans la constellation du Dragon.
Un autre exemple connu
est le temple d'Amon-Rê à Karnak, qui était quant à lui aligné avec la
direction du Soleil levant lors du solstice d'été.
Mythes
Les Egyptiens avaient une mythologie très riche et souvent associée aux
phénomènes célestes. Dans certains textes, le monde était une grande boite
rectangulaire dont les cotés nord et sud étaient les plus longs. Sur cette
boite se trouvait un plafond plat, supporté par quatre piliers. Ces
derniers étaient connectés par une chaine de montagne et une rivière
céleste s'écoulait tranquillement dans une saillie le long cette chaine.
Des barques naviguaient sur cette rivière céleste et transportaient la
Lune, le Soleil et les planètes.
Dans une autre interprétation, c'était le corps de la déesse Nout, déployé
au-dessus du monde, bras et jambes écartés, qui formait la voûte céleste.
Son utérus engendrait chaque matin le Soleil à l'est et sa bouche
l'avalait à la tombée de la nuit à l'ouest. Geb, le dieu de la Terre,
était couché sous Nout, son épouse et soeur.
Dans la mythologie égyptienne, la déesse Nout représente le ciel, Shou l'air et Geb la terre. Cette image montre une partie du papyrus Greenfield (1025 avant notre ère) où l'on voit le corps de Nout, tenu en place par Shou, et celui de Geb, au sol. Crédit :
British Museum
Tous les corps célestes étaient généralement associés à des divinités. Le
Soleil représentait différents dieux en fonction de sa position dans le
ciel, Khépri à l'aube, Rê à midi et Atoum le soir. La Lune représentait
elle-aussi plusieurs divinités, Aah, Thot et Khonsou. La constellation
d'Orion avait une importance toute particulière et évoquait Osiris, le
premier enfant de Nout et Geb, dieu de la mort et du renouveau. La mort
d'Osiris et sa renaissance étaient de puissants symboles de la sécheresse
annuelle de l'Egypte toujours suivie de la crue du Nil et de la
fertilisation des terres.