La chromosphère
Continuons notre voyage vers l'extérieur du Soleil, En quittant la photosphère,
nous pénétrons dans une couche très ténue appelée la chromosphère. Cette couche a une épaisseur de quelques
milliers de kilomètres et la température y remonte de 4000 à 10 000 kelvins. Du fait de sa très faible densité,
un millionième de celle de la photosphère, cette couche est quasiment transparente et donc invisible en plein
jour. Elle est néanmoins observable lors des éclipses de Soleil
et apparaît alors comme un anneau rougeâtre très mince qui entoure le disque lunaire.
Un moyen relativement simple d'étudier la chromosphère sans attendre une éclipse est d'observer
le Soleil dans une longueur d'onde particulière correspondant à une raie de l'hydrogène appelée
H alpha. Dans cette longueur d'onde, les atomes d'hydrogène de la chromosphère absorbent la
lumière de la photosphère et la réémettent vers l'extérieur. En observant ainsi le Soleil, la
photosphère est donc invisible et seule la chromosphère apparaît.
Ce type d'observation a en particulier montré que la chromosphère est loin d'être uniforme.
Sa frontière extérieure est surmontée d'une multitude de pics verticaux, appelés spicules, qui
vivent en moyenne pendant une dizaine de minutes. Il s'agit de jets de gaz éjectés de la chromosphère
à une vingtaine de kilomètres par seconde et qui pénètrent la région extérieure sur plusieurs
milliers de kilomètres.
La couronne solaire
En continuant à nous éloigner du Soleil nous atteignons la frontière externe de la chromosphère,
à quelques milliers de kilomètres de la surface. A ce moment, la température se met soudain
à augmenter de manière vertigineuse pour atteindre très rapidement quelques centaines de milliers
de kelvins : nous sommes entrés dans la couronne solaire. Cette région s'étend sur des millions
de kilomètres et est très variable. Elle est encore moins dense que la précédente, de l'ordre
d'un dix-milliardième de la densité de la photosphère. Sa température est extrême, atteignant
au maximum quelques millions de kelvins.
La couronne solaire révélée lors de l'éclipse du Soleil de mars 2006 en Turquie.
Crédit :
L. Laveder
L'un des phénomènes les plus spectaculaires au niveau de la couronne est la formation de protubérances.
Il s'agit de gigantesques colonnes, constituées de gaz moins chaud mais plus dense que celui
de la couronne, qui naissent près de la surface et peuvent s'étendre sur des centaines de milliers
de kilomètres. Certaines, qualifiées de quiescentes, prennent une forme d'arche et peuvent subsister
pendant plusieurs mois. D'autres, qualifiées d'éruptives, sont plutôt verticales et évoluent
rapidement en quelques minutes. Les protubérances sont observables soit au-delà du disque solaire,
sous forme de longues flammes brillantes, soit sur le disque, où elles apparaissent très sombres
par contraste avec le fond brillant et on les appelle alors aussi des filaments.
La couronne est parfois agitée par des phénomènes encore plus violents appelés les éruptions
solaires. En quelques minutes, de petites régions de la couronne interne voient leur température
grimper jusqu'à cinq millions de kelvins et rester à ce niveau pendant près d'une heure. Pendant
cette période, ces régions très localisées peuvent libérer une fraction significative de l'énergie
qu'émet le Soleil tout entier. De plus, les éruptions sont très souvent accompagnées d'éjections
de masse coronale. Des milliards de tonnes de matière sont alors projetés vers le milieu interplanétaire
à des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par seconde.
D'autres détails sur les processus en jeu dans la couronne nous ont été apportés par des observations
dans les rayons X. En effet, comme le gaz
coronal se trouve à une température de plusieurs millions de kelvins, c'est dans ce domaine
de longueur d'onde qu'il émet le plus de rayonnement. De telles observations ne peuvent évidemment
se faire que depuis l'espace. Plusieurs instruments spatiaux ont donc été lancés pour les mener
à bien, avec en particulier la station américaine Skylab au milieu des années 1970, le satellite
SMM dans les années 1980 et la sonde européenne SOHO en 1995.

Les observations dans les rayons X ont montré que la répartition de gaz dans la couronne est
très inhomogène. Elles ont en particulier identifié deux types particuliers de régions. D'abord
les régions actives, des zones très brillantes dans les rayons X, qui sont soumises à un champ
magnétique intense et sont probablement liées aux taches solaires de la photosphère. Ensuite,
les trous coronaux, des régions peu lumineuses dans les rayons X, dans lesquelles densité et
température du gaz sont plus faibles que la moyenne. C'est par ces trous coronaux que la plupart
des particules énergétiques transitent avant de quitter le Soleil.
Le vent solaire
Comme la température est extrêmement élevée dans la couronne, la vitesse d'agitation des particules
est si grande que celles-ci peuvent échapper à l'attraction du Soleil. Même en période de calme
relatif, une grande quantité d'électrons, de protons et autres particules énergétiques - environ
deux millions de tonnes de matière par seconde - s'échappe du Soleil et se perd dans le milieu
interplanétaire. Au fur et à mesure que l'on s'éloigne de notre étoile, la couronne ressemble
ainsi de moins en moins à une atmosphère et se métamorphose en un flux continu de particules
appelé le vent solaire. Comme la densité et la pression du gaz décroissent avec la distance
au Soleil, les particules gagnent petit à petit en vitesse, jusqu'à largement dépasser celle
du son. Au niveau de la Terre, leur vitesse est de l'ordre de 500 kilomètres par seconde, avec
une densité d'une dizaine de particules par centimètre cube.