Si le noyau de fer est incapable de produire de l'énergie
par réactions nucléaires, il doit en créer par contraction, en transformant son énergie gravitationnelle.
C'est donc un nouvel effondrement de l'ensemble de l'étoile qui commence. Cependant, comme nous
allons le voir plus loin, l'étoile va subir un ensemble de réactions qui vont transformer toute
la matière de son noyau en neutrons. Ces particules donnent
naissance à une nouvelle pression de dégénérescence qui stoppe
finalement la contraction du noyau et rend celui-ci très rigide. Mais les autres couches de
l'étoile sont toujours en train de s'effondrer. Elles atteignent la surface du noyau incompressible,
s'y écrasent très violemment et rebondissent. Apparaît alors une formidable onde de choc qui
va s'éloigner du noyau et tout balayer sur son passage. L'enveloppe de l'étoile est complètement
soufflée. Sa matière est éjectée vers le milieu interstellaire à des vitesses de plusieurs milliers
de kilomètres par seconde. Du fait de l'incroyable quantité d'énergie libérée, l'étoile se met
à briller comme 200 millions de soleils, parfois autant qu'une galaxie tout entière. Une supernova
vient de naître.

La nébuleuse du crabe (Messier 1) à 6000 années-lumière. Il s'agit des résidus
d'une explosion de supernova observée depuis la Terre en 1054. Au centre se trouve une étoile
à neutrons qui tourne sur elle-même 30 fois par seconde. Crédit :
ESO/VLT
Une étoile qui se met à briller autant qu'une galaxie, cela ne passe évidemment pas inaperçu.
Une supernova qui exploserait dans le voisinage du Soleil aurait une luminosité apparente si
grande qu'elle serait visible en plein jour. C'est l'événement céleste le plus susceptible de
marquer les esprits - après le passage d'une comète. Ainsi l'histoire de l'astronomie garde
la trace d'une dizaine de supernovae historiques enregistrées, la première mention remontant
à l'an 185 de notre ère dans les annales chinoises. En particulier, les Chinois observèrent
en 1054 une supernova dans la constellation du Taureau, qui resta visible en plein jour pendant
trois semaines. A l'endroit précis qu'ils indiquent, se trouve aujourd'hui la nébuleuse du Crabe,
un nuage de gaz et de poussières situé à 6000 années-lumière du Soleil et formé des restes de
l'enveloppe déchirée par la supernova de 1054.

Le résidu de la supernova observée par Tycho Brahe en 1572. Cette image a été prise en 2000 par le satellite XMM-Newton dans les rayons X. Crédit :
ESA/XMM-Newton/MPIEP Garching
C'est dans les contrées asiatiques que l'on trouve les traces les plus anciennes. Les Européens,
qui observèrent probablement ces mêmes phénomènes, préférèrent fermer les yeux sur des apparitions
qui remettait en cause l'immuabilité des cieux prônée par Aristote. Les deux premières supernovae
à être officiellement observées en Occident furent celles de Tycho
en 1572 et de Kepler en 1604. Elles jouèrent
un rôle important dans le développement de l'astronomie car elles apparurent à une époque où
les esprits étaient plus ouverts. Elles montrèrent aux astronomes de l'époque que les cieux
n'étaient pas immuables et que la distinction
entre le monde sublunaire et les corps célestes n'était que pure fantaisie. Depuis cette époque,
près d'un millier de supernovae ont été observées.
Deux types de supernovae
Remarquons que toutes les supernovae ne s'expliquent pas par l'effondrement d'une étoile massive.
Certaines se produisent pour des raisons un peu différentes, au sein d'étoiles binaires. C'est
par exemple le cas dans un couple stellaire composé d'une naine
blanche et d'une étoile géante. Quand les
deux étoiles sont suffisamment proches, la géante perd ses couches externes, qui sont transférées
vers la naine et créent un disque d'accrétion autour d'elle. Ce disque va peu à peu alimenter
la naine en masse jusqu'à lui faire dépasser la limite de Chandrasekhar.
A un moment donné, la naine ne peut plus résister à la gravité et elle commence à s'effondrer. Ceci provoque l'ignition de l'étoile, puis, du fait de la nature particulière des naines blanches, conduit à l'explosion et la désintégration de l'astre. Le résultat est finalement une formidable explosion et une très forte augmentation de la luminosité. Observé de loin, le phénomène est très similaire à celui qui accompagne l'effondrement d'une étoile massive. Pour faire la distinction, on parle alors de supernova de type I, par opposition à celles de type II qui sont le fruit d'un effondrement classique.