L'une des prédictions de la théorie d'Einstein va probablement
jouer un rôle clef dans l'astronomie du siècle prochain. Il s'agit de l'existence d'ondes gravitationnelles.
Lorsqu'une particule chargée est accélérée, elle produit des perturbations des champs électrique
et magnétique qui se propagent à la vitesse de la lumière. Ce sont des ondes électromagnétiques.
De la même façon, lorsqu'un corps massif est accéléré, l'espace-temps autour de lui doit en
permanence se réajuster, ce qui se traduit par de légères perturbations qui se propagent à la
vitesse de la lumière. On les appelle des ondes gravitationnelles.
L'interféromètre franco-italien VIRGO près de Pise est composé de deux bras
orthogonaux de trois kilomètres. Cet instrument utilise le principe de l'interféromètre de Michelson
pour mesurer d'infimes variations relatives de la longueur des bras causées par le passage d'ondes
gravitationnelles. Crédit :
CNRS/INFN
Emission d'ondes gravitationnelles
Une preuve - indirecte - de l'existence de ces ondes fut apportée en 1974 par les astrophysiciens
américains Joseph Taylor et Russell Hulse. A cette époque, ils étudiaient le pulsar
PSR1913+16, qui avait la particularité d'être membre d'un système binaire constitué de deux
étoiles à neutrons. En étudiant les émissions radio du pulsar,
les deux astronomes furent en mesure de déterminer la période orbitale du couple. Ils se rendirent
alors compte que celle-ci décroissait légèrement, d'un millième de seconde par an.
C'est ce phénomène qui fut interprété comme la conséquence de l'émission d'ondes gravitationnelles.
En effet, les deux étoiles à neutrons étant très rapides et massives, leurs mouvements donnent
lieu à une très forte émission d'ondes gravitationnelles. Celles-ci emportent avec elles beaucoup
d'énergie. Par conséquent, le système binaire doit perdre un peu de la sienne. Cela se traduit
par une diminution de la distance entre les deux étoiles et par une baisse de la période orbitale,
exactement l'effet observé par Taylor et Hulse. La décroissance de la période mesurée en 1974
était exactement celle que la relativité générale prévoyait pour une étoile binaire émettant
des ondes gravitationnelles. Ce fut donc une nouvelle vérification de la théorie, mais surtout
une preuve indirecte de l'existence de ces ondes.
L'interaction gravitationnelle, même si elle domine à grande échelle, est extrêmement faible
à une échelle microscopique. En conséquence, les ondes gravitationnelles interagissent très
peu avec la matière. Elles traversent sans problème les concentrations de masse les plus fortes,
par exemple une étoile à neutrons. L'univers est en quelque sorte transparent aux ondes gravitationnelles.
Cette propriété en fait un outil de choix pour l'astronomie. En effet, de nombreux processus
astrophysiques nous sont totalement inaccessibles. Par exemple, nous ne pouvons observer que
la surface des étoiles car le rayonnement des régions internes ne peut pas s'échapper. L'étude
des ondes gravitationnelles émises par ces processus nous permettrait de les étudier directement,
ce qui constituerait une avancée majeure. Cette possibilité ouvrirait la voie à l'étude de certains
des phénomènes les plus intéressants de l'astronomie : effondrement gravitationnel des étoiles
massives, fusion de deux étoiles à neutrons dans un système binaire, processus en jeu au centre
des galaxies ou bien tous les phénomènes associés aux trous noirs.
Détection des ondes gravitationnelles
Mais cet avantage des ondes gravitationnelles devient un inconvénient lorsqu'il s'agit de les
détecter. Lorsqu'une telle onde traverse un objet, le passage se manifeste par des oscillations
de celui-ci. Un cercle est par exemple momentanément transformé en une ellipse. Il devrait ainsi
être facile de détecter le passage. Le problème réside dans le fait que les perturbations sont
extrêmement faibles et très difficiles à observer. Pour se fixer les idées, imaginons qu'une
supernova explose dans notre Galaxie. Il s'agit là d'un cas très favorable, qui devrait conduire
à une forte dose d'ondes gravitationnelles au niveau de la Terre. La variation relative de taille
ne serait cependant que d'un milliardième de milliardième, l'équivalent d'un changement d'une
fraction de micromètre dans la distance du Soleil à la Terre. Une telle précision est clairement
hors de portée à l'heure actuelle.
Mais les astrophysiciens ont une fois de plus relevé le défi. Plusieurs grands instruments,
en particulier VIRGO et LIGO, sont en cours de construction. Ce sont tous des interféromètres
fonctionnant selon le même principe que le système d'Albert Michelson.
Le rayonnement provenant d'un laser est divisé en deux faisceaux. Ceux-ci sont envoyés dans
des directions perpendiculaires, puis réfléchis par des miroirs et finalement recombinés. L'analyse
de la lumière après combinaison permet de dire si la durée de propagation de la lumière dans
l'une des directions a été perturbée. Si tel est le cas, cela signifie que la distance parcourue
par l'un des faisceaux a légèrement varié sous l'effet du passage d'une onde gravitationnelle.
Étant donné la faiblesse des effets à mesurer, ces interféromètres doivent être très sensibles.
En particulier, la distance parcourue par la lumière doit être aussi grande que possible. Pour
cette raison, ces détecteurs sont gigantesques, leurs bras font plusieurs kilomètres de long.
Il est également crucial de réduire toutes les sources de bruits parasites, tout spécialement
ceux d'origine sismique ou thermique. Malgré toutes ces difficultés, l'optimisme est de rigueur
et les prochaines années devraient voir la naissance d'une nouvelle branche de l'astronomie,
l'étude de l'univers au moyen des ondes gravitationnelles.
Finissons par un projet encore plus ambitieux. En effet, un détecteur à la surface de la Terre
sera toujours très limité. Pour améliorer encore la sensibilité, l'espace est la seule solution.
Ainsi, un projet spatial appelé LISA est à l'étude. Il s'agirait d'un ensemble de quatre satellites
travaillant de façon coordonnée. Au lieu de quelques kilomètres, la taille équivalente du détecteur
serait alors de plusieurs millions de kilomètres. Un tel système rendrait possible l'étude d'une
plus grande variété de phénomènes, mais également la détection d'événements beaucoup plus lointains.