Notre description de la naissance de l'Univers ne va hélas pas commencer exactement au temps zéro. Plus l'Univers est
proche de sa naissance, plus sa température et sa densité sont élevées. Ainsi, lorsque nous nous approchons du temps zéro,
les conditions deviennent de plus en plus extrêmes et les lois de la physique doivent être extrapolées dans des domaines
jamais explorés sur Terre.
Les physiciens ont développé au cours du siècle dernier des théories d'unification
des forces qui permettent de tenter des extrapolations. Cependant, comme nous l'avons vu, il n'y a pas encore de théorie
bien établie d'unification de la gravitation avec les autres forces, seulement quelques bribes
de réponses, par exemple la théorie des supercordes. Ainsi, il n'est pas envisageable à l'heure actuelle de décrire les
tout premiers instants de l'Univers, lorsque la densité et la température étaient telles que la gravitation et les autres
forces ne formaient qu'une interaction unique. L'extrapolation de la physique connue montre que ces conditions extrêmes
ont régné lorsque l'Univers était âgé de moins de 10^-43 seconde. Toute la période qui précède, baptisée l'ère de Planck,
nous est donc inaccessible.
Max Planck : Kiel, 1858 - Göttingen , 1947. Découvreur de l'une des constantes fondamentales de la nature, la constante de Planck, l'un des paramètres qui déterminent la durée de l'ère du même nom.
L'espace-temps
Cela ne nous empêche pas d'avoir quelques idées d'ordre général sur la physique de l'Univers à cette époque. Il est ainsi
clair que pendant l'ère de Planck notre conception habituelle de l'espace-temps
est complètement dépassée. Puisque la gravité doit maintenant se comporter comme les trois autres forces, elle est elle
aussi associée à une particule porteuse de l'interaction, appelée le graviton. L'ère de Planck est ainsi animée d'un incessant
va-et-vient de gravitons échangés par les diverses particules virtuelles qui peuplent
alors l'Univers.
Cependant, le graviton n'est pas une particule comme les autres. Il est en quelque sorte un concentré de courbure
de l'espace-temps. Les successions frénétiques de créations et de disparitions de gravitons se traduisent donc en chaque
point par d'importantes fluctuations de la courbure de l'espace-temps. En conséquence, il nous faut rejeter l'image habituelle
de l'espace comme tissu élastique bien lisse. Pendant l'ère de Planck, l'espace-temps
est plutôt une surface très tourmentée et constamment en changement, une sorte de mousse quantique très agitée, dans laquelle
des liens se font et se défont sans arrêt entre des régions très éloignées.
Ajoutons à ce tableau déjà un peu difficile à visualiser le fait qu'à cette époque les six dimensions d'espace supplémentaires
requises par la théorie des supercordes ne sont pas cachées. Toutes les dimensions sont développées
de la même manière et les particules évoluent dans un espace à neuf dimensions.
L'instant zéro
Qu'en est-il de l'instant zéro lui-même ? Là aussi, plusieurs possibilités existent et la situation est loin d'être claire.
Dans la vision habituelle des choses, lorsque l'on se rapproche du temps zéro, l'Univers devient de plus en plus dense
et chaud, jusqu'à finalement atteindre un état de singularité où la densité et la température atteignent des valeurs infinies.
Mais d'après une autre théorie, développée par l'Anglais Stephen Hawking et l'Américain James Hartle, une telle singularité
n'est pas nécessaire. D'après ces deux théoriciens, lorsque l'on remonte vers l'époque initiale, le temps perd peu à peu
le caractère que nous lui connaissons et se transforme en une dimension d'espace. Ainsi, lorsque nous nous rapprochons
du temps zéro, la notion de temps elle-même disparaît, ce qui élimine la nécessité d'une singularité initiale - mais n'est
guère facile à imaginer.